• Incipit (4)



    Ça a débuté comme ça
    Voyage au bout de la nuit
    – L.-F. Céline –




    Bonne vie et meurtres
    Fred Kassak


    La sonnette surprit Alexandre Lethouar au moment où,
    pour la troisième fois de la nuit,
    il essayait d'infliger à l'épouse de son directeur des outrages raffinés,
    et où, enfin,
    elle allait s'y prêter de bonne grâce
    en manifestant les plus ingénieuses dispositions.

    La femme du directeur s'évanouit et,
    pour Lethouar, éveillé en sursaut,
    les choses ne furent plus que ce qu'elles étaient:
    un plafond craquelé,
    un papier de mur pisseux,
    une chambre en désordre,
    un cendrier plein de mégots,
    une odeur de cigare froid
    et une pendulette arrêtée.

    Lethouar graillonna des jurons
    où les maisons de tolérance étaient associées au nom du Seigneur.
    La sonnette retentit à nouveau,
    et Lethouar émit le vœu
    que le Malin s'adonne sur la personne sonnante
    à des pratiques contre nature.
    Puis il se souvint que l'on était samedi,
    que la sonneuse était la femme de ménage,
    et qu'il n'y avait aucun espoir
    de voir le Malin se dévouer à ce point-là.

    Il se leva en grimaçant,
    chaussa d'une main ses savates et de l'autre ses lunettes,
    enfila sa robe de chambre
    et alla ouvrir.

    – Bonjour monsieur Lethouar. Vous allez bien ?

    Lethouar marmonna n'importe quoi
    en se livrant à des réflexions sur la valeur sémantique du mot "femme".
    Que ce terme pût désigner
    aussi bien cette Georgette Larigaut que l'épouse de son directeur
    était pour lui une source d'étonnement sans cesse renouvelé.

    Georgette entra et se dirigea vers la cuisine.
    Elle venait tous les samedis matin depuis deux mois.
    Depuis deux mois, en la faisant entrer,
    Lethouar la déshabillait machinalement des yeux
    – ainsi qu'il avait accoutumé de faire avec les femmes qu'il voyait.
    Décidément, non, rien à tirer de celle-là.
    Ses jambes ne semblaient faites que pour marcher.
    Les fesses présentaient le même aspect platement utilitaire.
    Les seins manquaient de présence.
    Quant à la tête
    – qu'il considérait de toute façon chez les femmes
    comme un appendice d'intérêt accessoire –
    tout y avait aussi un caractère fonctionnel.
    L'ensemble,
    ni plus beau ni plus laid qu'un appareil électroménager,
    décourageait la critique comme le désir,
    même le désir d'un homme d'esprit ouvert
    et toujours disposé à trouver en chaque femme des côtés plaisants.

    Et Georgette avait tout juste la quarantaine.
    « Le bel âge pour une femme !
    pensait Lethouar grinçant des dents.
    L'âge où l'épanouissement sensuel est enrichi par l'expérience.
    Voilà bien ma veine !
    Si celle-ci était potable je lui ferais l'amour,
    elle me ferait mon ménage
    – au pair, pour ainsi dire.
    Je ne paierais pas sa Sécurité sociale,
    je ne serais pas obligé de courir la gueuse,
    d'où une économie appréciable.
    Sans parler d'une amélioration de mon équilibre nerveux et affectif.
    C'est toujours mauvais pour un érotomane de manquer de femme. »

    Georgette revint de la cuisine.
    Elle avait troqué son manteau contre une blouse à pois rouges,
    et ses souliers contre des chaussons gris.



    L'éditeur n'a même pas été capable
    d'écrire correctement le pseudo de l'auteur
    qui le fait vivre...

    -+-

    Ça vous donne envie de lire la suite ?

    « Ça fait 100 ans aujourd'hui qu'on traîne çaIl fait froid, mettez un gilet »

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