• Ça a débuté comme ça
    Voyage au bout de la nuit
    – L.-F. Céline –




    Comment braquer une banque sans perdre son dentier
    Catharina Ingelman-Sundberg


    La vieille dame empoigna son déambulateur,
    accrocha la canne à côté du panier
    en essayant de se donner un air déterminé.
    Être une bonne femme de 79 ans
    sur le point de commettre son premier hold-up,
    cela exigeait une certaine autorité.
    Elle se redressa,
    enfonça son chapeau sur son front
    et poussa la porte.
    Lentement,
    appuyée sur son déambulateur de la marque Carl-Oskar,
    elle entra dans la banque.
    C'était cinq minutes avant la fermeture,
    et trois clients attendaient leur tour.
    Le déambulateur grinçait un peu
    même si elle l'avait graissé avec de l'huile d'olive.
    Depuis qu'elle était entrée en collision frontale
    avec le chariot de ménage de la société de services,
    une des roues faisait des siennes.
    Mais, pour un tel jour, aucune importance.
    L'essentiel était que le déambulateur eût un grand panier
    pour y mettre beaucoup d'argent.





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    Voyage au bout de la nuit
    – L.-F. Céline –

























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    Voyage au bout de la nuit
    – L.-F. Céline –




    Samedi 14
    Jean-Bernard Pouy


    Ce putain de lumbago.

    Au réveil,
    faut déplier la carcasse avec précaution,
    en espérant que ça ne couine pas trop,
    en guettant les coups de poignard dans le bas du dos,
    et il faut mettre en pratique toute une stratégie ergonomique
    pour enfiler les chaussettes.
    Mais on tient le choc,
    car on pense au café brûlant qui va suivre,
    au long moment pendant lequel on va l'aspirer,
    les lèvres en cul de dinde,
    le regard perdu en direction de la petite fenêtre de bois bleu,
    vers les noisetiers immobiles,
    les bourdons bedonnants,
    coincés dans les fleurs de balsamine,
    et les roses trémières avec les merles qui cavalent dessous.

    Une journée se profile alors, une journée de plus.
    Hier, c'était soi-disant un jour béni.
    Mais rien n'est venu troubler ma verte retraite,
    en bien ou en mal, chance ou malchance,
    ça fait quatre ans maintenant que les jours ressemblent aux jours,
    que j'ai quitté la noirceur de ma vie d'avant.
    Je ne regrette rien car je l'ai bien mérité, ce repos de l'âme.
    C'est une décision intime.
    Un jour, le couvercle de la marmite a sauté.
    À peine cinquante balais,
    une petite bicoque prêtée
    par un pote définitivement parti pour les Îles se dorer la couenne
    et le RSA qui tombe aussi régulièrement que la pluie,
    bien suffisant à une survie de quasi-stylite.
    De temps en temps, je pense à mon vrai boulot,
    mais comme ma spécialité est le plomb,
    pas celui des dentistes, non, celui des imprimeurs,
    ce n'est donc pas souvent.

    Tout ce que j'ai ramené de mes années récentes,
    c'est ce foutu lumbago,
    qui réapparaît de temps en temps,
    comme pour me rappeler que rien n'est jamais simple,
    qu'on ne change pas forcément de vie comme ça, pichenette,
    et qu'il y a toujours des éventualités merdiques pour vous signaler qu'on vieillit,
    qu'on paye les fausses et absurdes énergies mises à faire avancer le monde coûte que coûte.

    Aujourd'hui sera encore une journée paisible.
    Un bon samedi 14.
    C'est-à-dire que dalle.
    La litanie des heures.
    Un peu de jardinage,
    quelques courses au bourg,
    les «Salut ça va ?», les «Tu crois qu'il va pleuvoir ?» avec les natifs,
    le journal et le pain de deux.
    Tous les deux jours, le bavardage-apéro avec mes vieux voisins.
    Elle, qui est née ici, perd peu à peu la boule
    et lui, anciennement polonais, il n'a plus de dos,
    comme ça je peux vérifier à peu de frais ce qui me pend au nez.
    J'écouterai aussi, une fois de plus, mes vieux CD,
    le rock & roll en zone rurale, y a que ça de vrai,
    ça fait longtemps que je n'entends plus la radio,
    la fébrilité des temps qui s'enfoncent inexorablement ne me concerne plus.

    Et après, une grande partie de la journée pour penser.
    Regretter.
    Et espérer.

    Toujours.





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    Voyage au bout de la nuit
    – L.-F. Céline –




    Le train de nulle part
    Michel Thaler


     Quelle aubaine !
    Une place de libre, ou presque, dans ce compartiment.
    Une escale provisoire, pourquoi pas !
    Donc, ma nouvelle adresse dans ce train de nulle part:
    voiture 12, 3ème compartiment dans le sens de la marche.
    Encore une fois, pourquoi pas ?

    – Bonjour Messieurs Dames.
    Un segment du voyage avec vous !
    Ou peut-être pas !
    Tout comme la totalité de l'itinéraire, du moins le mien !

    À ces mots de circonstance,
    en pleine harmonie avec la situation,
    une grognasse parfumée dans le vulgaire,
    à califourchon sur son baudet de service,
    l'œil migrateur,
    les lèvres taillées pour d'autres itinéraires,
    les mains grassouillettes aux relents d'eau de vaisselle,
    le sourire scatologique;
    bref, tout un programme !





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    Et accessoirement, il n'y a rien qui vous interpelle dans ce texte ?
    Une curiosité qui ne saute pas forcément aux yeux à la première lecture ?




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